Dépeche - Transports - 13/09/2007 11:30

Luc Chatel : « Je confie une mission 'low-cost et pouvoir d'achat' a Charles Beigbeder »

Luc Chatel - relaxnews 2007  
Luc Chatel, secrétaire d'Etat chargé de la Consommation et du Tourisme, lors du petit-déjeuner Relaxnews  
Photo : Antoine Dubois  

Luc Chatel : "Je confie une mission 'low-cost et pouvoir d'achat' à Charles Beigbeder" (Relaxnews) - Luc Chatel, secrétaire d'Etat chargé de la Consommation et du Tourisme, était l'invité ce jeudi matin d'un petit-déjeuner organisé par l'agence de presse Relaxnews, spécialisée dans l'actualité des loisirs. Thème de ce rendez-vous : "consommation et tourisme, que va faire le gouvernement ?". Luc Chatel s'est exprimé face à une soixantaine de professionnels de la grande distribution et du tourisme. L'occasion de répondre aussi, et en exclusivité, aux questions de Relaxnews.

Relaxnews - En cette rentrée, les Français se montrent préoccupés concernant les hausses de prix des produits alimentaires. Ont-ils raison d'être inquiets ?
Luc Chatel - Il est vrai que l'on constate des hausses de prix sur les matières premières agricoles. Nous pensons pouvoir contenir l'impact de cette hausse sur les produits finis. Je rappelle que les dépenses alimentaires ne représentent que 15 % du budget d'un ménage. Ensuite les coûts des matières premières pèsent souvent pour une faible part dans le prix de revient de nombreux produits. Ensuite parce que de nombreux acteurs avaient anticipé certaines hausses et qu'il existe une fâcheuse pratique qui consiste à répercuter les hausses et jamais les baisses...

La baguette ne cesse de voir son prix grimper : 60% de hausse au cours des quinze dernières années, 5 centimes de plus en septembre. En Nouvelle-Calédonie, vient d'être lancé l'Ecopain, un pain subventionné qui ne répercute pas les hausses annoncées. L'initiative vous intéresse-t-elle ?
S'agissant du pain, je vous ferais remarquer que la farine représente seulement 5 % du prix de la baguette... Tous les boulangers n'ont pas décidé de répercuter intégralement ces hausses. J'en entends certains, raisonnables et responsables, indiquer qu'ils pensent d'abord à leurs clients et ne répercutent pas les hausses. Et si le meilleur outil ce n'était pas tout simplement la concurrence ?

30 produits scolaires ont bénéficié à cette rentrée de petits prix négociés entre le gouvernement et les enseignes de la grande distribution. Imaginez-vous possible une action similaire sur les produits alimentaires de base (pain, lait, oeufs, beurre...) ?
Si l'on veut faire durablement baisser les prix, il faut redonner des marges de manoeuvre à la fois aux producteurs et aux distributeurs en engageant des réformes structurelles qui instaurent davantage de concurrence entre les acteurs et de transparence sur le marché, le tout au bénéfice du consommateur. C'est l'objectif du gouvernement avec la réforme de la loi Galland.

Quelles autres mesures comptez-vous mettre en oeuvre pour éviter les dérapages sur les prix des produits alimentaires ?
Le Président de la République a clairement donné la direction lors des Universités d'été du Medef : l'objectif est de réintégrer la totalité des "marges arrière" dans le calcul du seuil de revente à perte. Il s'agit de permettre au consommateur de bénéficier de la totalité des avantages consentis par l'industriel au distributeur. Cette mesure, qui sera effective dès 2008, aura pour effet de restaurer pleinement la concurrence par les prix entre distributeurs mais aussi entre producteurs. Depuis 2006, la première phase de la réforme a eu pour effet une baisse des prix de 3,2% sur les produits de grande marque. Cela a permis de rendre aux consommateurs pas moins de 2,4 milliards d'euros de pouvoir d'achat et de créer plus de 20.000 emplois. Ceci nous montre d'ailleurs que la concurrence n'est pas l'ennemi de l'emploi.

Le modèle "low-cost" représente-t-il une piste à suivre pour améliorer le pouvoir d'achat des Français ?
Le modèle "low-cost" ouvre en effet des pistes intéressantes. Dans le secteur aérien, il a permis à certaines catégories de Français d'accéder à de nouvelles prestations touristiques. Dans les quartiers difficiles, les enseignes de "hard discount" sont souvent les seules à s'implanter et à maintenir une activité de proximité. Nous avons donc décidé de confier à Charles Beigbeder (ndlr : PDG du fournisseur d'électricité alternatif Poweo) une mission transversale sur le "low-cost" afin d'étudier les impacts de ce modèle sur le pouvoir d'achat, ses avantages et ses limites, mais aussi les opportunités de le décliner à d'autres secteurs de la consommation.

En matière de défense du consommateur, quels sont vos objectifs et votre calendrier concernant les "actions de groupe" ?
Christine Lagarde m'a demandé de lui faire des propositions afin que nous répondions à la demande formulée dans sa lettre de mission par le Président de la République. J'ai toujours été favorable à la mise en oeuvre d'une action de groupe "à la française", strictement encadrée. Je pense que le meilleur des régulateurs, dans une économie libérale, c'est le client final, c'est-à-dire le consommateur. En même temps il nous faut éviter les excès du système américain. Nous réflechissons à un dispositif encadré, comportant des garanties contre certaines dérives. Ce n'est pas au moment où nous tentons de faire sauter un certain nombre de verrous dans l'économie qu'il nous faut en instaurer de nouveaux ! Pour ce qui est du calendrier, cette mesure pourrait s'intégrer à la loi sur la modernisation de l'économie qui sera présentée au printemps 2008.

Vous lancez un cycle de rencontres entre les opérateurs télécoms et les associations de consommateurs sur des sujets sensibles, comme la durée des contrats et les services d'assistance téléphonique. Qu'attendez-vous de ces rencontres ?
Les communications électroniques (téléphone fixe, mobile, Internet) représentent un poste de dépense important dans le budget des ménages, en moyenne 553 euros par an. Dans ce secteur, les consommateurs ont le sentiment de n'être pas suffisamment informés sur les conditions d'engagement et de tarifs ni protégés contre certaines pratiques. La DGCCRF enregistre plus de 30.000 plaintes de consommateurs par an dans ce secteur. Les opérateurs avaient pris l'an dernier 21 engagements vis-à-vis des consommateurs ; il est important de faire le point sur l'état d'avancement et la mise en oeuvre de ces engagements. Par ailleurs de nouveaux freins à la concurrence apparaissent comme par exemple les durées minimales d'engagement. La mobilité des consommateurs se trouve limitée par des coûts de sortie qui ne sont pas toujours justifiés. Sur tous ces sujets, nous avons toujours privilégié la concertation avec les opérateurs. Nous poursuivrons dans cette voie et nous agirons concrètement au bénéfice des consommateurs.

Sur quels autres secteurs êtes-vous aujourd'hui attentif concernant la protection et les droits des consommateurs ?
Il faut par exemple réfléchir aux moyens de rassurer le consommateur sur les nouvelles formes de vente telles qu'Internet. En effet, dans le commerce en ligne, nous devons améliorer les conditions de délivrance des achats et donner des garanties supplémentaires sur les délais de livraison.

A plusieurs reprises cet été, la qualité et la sécurité de produits fabriqués en Chine, et notamment des jouets, ont été montrées du doigt. Allez-vous mettre en place un dispositif particulier pour Noël ?
Tout d'abord, je tiens à rappeler que les autorités françaises et européennes sont déjà organisées pour faire face à ce type de situation. Chaque année des dizaines de produits non-conformes sont interdits ou retirés du marché. L'intensité des contrôles permet de détecter rapidement les risques et d'arrêter les produits non conformes. De leur côté, les professionnels font aussi preuve de responsabilité. Par exemple, l'entreprise Mattel a très vite lancé des procédures de retrait et de rappel sur ces jouets défectueux. Si le cas des produits chinois nécessite aujourd'hui une attention particulière, il ne faut pas caricaturer et stigmatiser particulièrement un pays. Par ailleurs lors d'un entretien récent j'ai demandé à Meglena Kuneva, Commissaire européenne à la protection des consommateurs, que des procédures renforcées soient étudiées au niveau communautaire pour les jouets et les matériels électriques à l'image de celles déjà mises en oeuvre pour certains produits alimentaires.

Vous avez annoncé vouloir remettre à plat le classement des étoiles des hôtels en France, vieux de vingt ans. Concrètement, qu'est-ce qui va changer pour les vacanciers ? Et quand ?
Le référentiel de classement hotelier date de 1986. Il est principalement fondé sur des critères quantitatifs et n'inclut pratiquement aucun critère qualitatif. Ce classement n'est désormais plus compréhensible pour la clientèle française comme internationale. Nous allons le réformer en profondeur. Je réunirai très prochainement l'ensemble des professionnels du tourisme pour bâtir ce nouveau référentiel.

Autre chantier : faire que la France, première destination touristique au monde, s'impose également au classement mondial des revenus générés. Comment faire ? Les Français ne sont-ils pas assez accueillants ?
La qualité d'accueil est un critère essentiel, notamment le premier accueil. A cet égard, notre pays doit être à la hauteur de sa renommée et répondre aux attentes des visiteurs. De nombreuses enquêtes d'opinion témoignent des progrès qu'il reste à faire dans ce secteur et soulignent un décalage par rapport à nos proches concurrents comme l'Espagne ou l'Italie. Ce chantier a d'ores et déjà été engagé avec trois acteurs majeurs que sont Aéroports de Paris, la SNCF et la RATP, l'objectif consistant à mettre le voyageur au centre des préoccupations. Plusieurs éléments concrets seront mis sur la table : le message de bienvenu, l'information en langues étrangères, la signalétique, la propreté, le traitement des litiges, etc. Face à la concurrence de pays émergeants dans le domaine touristique, la France doit travailler sur la qualité de son offre touristique. C'est l'objet d'un travail en profondeur que je vais mener dans les prochains mois.

Sur quels autre domaines portez-vous votre attention concernant le secteur du tourisme ?
Plusieurs autres chantiers me paraissent prioritaires. Premier chantier : l'accès aux vacances pour tous car plus de 30 % des français ne partent pas en vacances. L'une des mesures concrètes que je compte mettre en oeuvre consistera d'ailleurs à rendre accessible les chèques vacances aux employés des entreprises de moins de 50 personnes. Deuxième chantier : la formation et la professionnalisation des métiers du tourisme afin de répondre aux milliers d'emplois non pourvus. Troisième chantier : l'embauche des travailleurs saisonniers dont les conditions de travail et de logement doivent être améliorées. Les expériences déjà conduites de "groupements d'employeurs" et de "maisons des saisonniers" doivent d'ailleurs être évaluées et peut-être étendues.

 

Camille Sereis
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